Une interview du spécialiste de l’extrême droite, Jean-Yves Camus, qui revient sur l’origine et la signification de la quenelle de Dieudonné. Un geste de soutien au comparse d’Alain Soral, qui dépasse largement aujourd’hui les milieux d’extrême droite puisque aussi bien des sportifsque des militaires prennent plaisir à l’effectuer.
"La quenelle, un geste transgressif d’une bêtise insondable"
INTERVIEW - Jean-Yves Camus, chercheur spécialiste de l’extrême droite, évoque le geste de la "quenelle".
D’où vient cette quenelle ?
La première occurrence publique du geste remonte à la candidature de la liste antisioniste de Dieudonné aux élections européennes de 2009 en Île-de-France. La quenelle figurait sur une affiche de campagne qui a beaucoup tourné sur les réseaux sociaux. Elle a resurgi l’an dernier, de profils Facebook en sites Internet.
Est-ce un salut nazi inversé ?
Il n’y a pas deux millions de néonazis en France, seulement 3.000 activistes d’extrême droite, à la droite du Front national ! Plusieurs interprétations sont donc possibles : salut nazi inversé, mais surtout geste antisystème tout court et aussi geste antisystème dirigé contre un complot juif. Il ne faut pas appréhender l’antisémitisme uniquement aux prismes du nazisme et du néonazisme. Il peut venir de tous les horizons religieux, sociaux, idéologiques. Dans l’esprit de Dieudonné, le système, c’est une sorte de complot dans lequel les juifs tirent les ficelles. In fine, ce que le geste décrie, c’est un complot juif. C’est donc un geste antisémite, même s’il n’est pas effectué par des militants d’extrême droite.
« L’idéologie de Dieudonné repose sur la théorie du complot. »
Dieudonné est-il antisémite ?
L’idéologie de Dieudonné et de ses amis est une idéologie antijuive. Elle confond le sionisme et les juifs, elle repose sur la théorie du complot. Dieudonné est un commerçant de l’idéologie qu’il propage, un commerçant tout court, très habile, qui vend sa victimisation avec un vrai projet marketing au point de déposer la quenelle à l’Institut national de la propriété industrielle.
Ce geste est-il vraiment dangereux ?
Pour certains, il risque de devenir un signe de ralliement, une forme juridiquement acceptable d’expression de certains préjugés. Plus largement, les jeunes qui s’en font les propagandistes, appâtés par ce geste transgressif d’une bêtise insondable, s’éloignent ipso facto de la politique. Ils ne s’engagent pas dans la vie citoyenne, ils n’ont aucun objectif de transformation sociale. Ils se réfugient dans une posture pseudo-contestataire qui témoigne d’un immense décervelage. Il existe une sous-culture 2.0. Pas au sens sociologique d’une culture de groupe, mais d’un gloubi-boulga dans lequel les mots, les gestes n’ont aucun sens. ..