Affaire DeranqueRéactions de différentes organisations (FA, UJFP, Solidaires étudiants, Conférences paysanne, SM…)

De nombreuses organisations ont publié des textes suite à la mort du néofasciste Deranque à Lyon en février dernier. Voici les communiqués de la Fédération anarchiste, de l’UJFP, de Solidaires étudiants, de la Confédération paysanne et du Syndicat de la Magistrature, qui nous ont semblé apporter, chacun à leur façon, un éclairage intéressant sur les faits et leur traitement médiatique et politique.

Communiqué de la Fédération anarchiste : « la peste brune se déchaîne ! »
Par ce communiqué, la Fédération anarchiste revient sur les évènements qui entourent la mort du militant néofasciste à Lyon, sur son traitement médiatique qui sature toutes les antennes et sur la diabolisation des antifascistes et de tous les opposant.e.s à l’extrême droitisation du pays.
Tout d’abord, soyons clairs, personne ne mérite de mourir ainsi sur un trottoir.
Personne ne souhaite non plus se retrouver attaqué par un groupe armé venu pour se battre dans l’optique de « débarrasser Lyon des étrangers et des gauches ». Q. Deranque et les militants d’extrême droite savaient qu’ils allaient à la confrontation. Sa mort n’intervient ni dans le cadre d’un meurtre prémédité ni dans le cadre d’un guet-apens, comme l’ont martelé les médias. Factuellement, deux groupes sont entrés en contact, et après quelques minutes, l’un a perdu et abandonné plusieurs de ses membres.
Selon Némésis, les fascistes venaient en bons chevaliers « protéger » les femmes de leur groupe venues faire un happening. Stratégie typique de ce groupe fémonationaliste qui attribue les violences sexistes non pas au patriarcat mais aux étrangers. Ses pratiques habituelles : volonté de provoquer un conflit, faire de l’image, se réfugier derrière une équipe de « gros bras » venu assurer le « service d’ordre », et ensuite instrumentaliser le tout.
Ainsi, tandis que Q. Deranque était encore dans le coma, leur cheffe Alice Cordier sera invitée sur Cnews et autres médias, qui se précipitent sans aucun travail de vérification sur des versions contradictoires, évoquant notamment un coup de couteau imaginaire. Cet emballement médiatique n’aurait pas été possible sans l’empire Bolloré qui participe à la tentative de normalisation de l’extrême droite. Le traitement par ces médias est à comparer à celui qu’ils accordent à une victime de crime raciste ou de meurtre policier : fouiller son casier judiciaire, discréditer, salir.
Avec ce décès, l’extrême droite obtient enfin son martyr et lui permet d’appeler à la violence contre les antifascistes ou par raccourcis orientés vers LFI. Des fachos tenterons de manipuler les réseaux sociaux en générant un visage de Q. Deranque par IA ; ou encore en reprenant sans vergogne le visage d’une personne bien vivante pour illustrer la mort du militant néonazi. Rapidement, leur narratif est contredit par des images où l’ont voit les fameux « militants traditionalistes qui assurent le service d’ordre » avec cagoule, béquille et gazeuse dans la mêlée…
La Fédération anarchiste dénonce la criminalisation de l’antifascisme, qui ne fait que riposter car c’est bien l’extrême droite qui veut une guerre civile, eux-mêmes le revendique.
La Fédération anarchiste dénonce une diabolisation qui fait passer les groupes identitaires et néonazis lyonnais pour les gentils de l’histoire, alors que, depuis des années ils multiplient attaques et agressions.
Face à l’extrême droite et son projet politique, face à une société de plus en plus autoritaire (militarisation de la jeunesse, surveillance policière, violence d’État) le combat de la Fédération anarchiste se situe sur un terrain social et idéologique. Bien que le culte viril de la violence des groupes fascistes nous répugne, notre autodéfense populaire devient légitime devant ces agressions physiques.
Soyons solidaires et agissons face à ceux qui ne proposent que le racisme ethnique et social !
A la haine des autres, à la violence et à la casse sociale, opposons l’antifascisme et la solidarité de classe !
Fédération anarchiste francophone,
le 26.02.2026

Communiqué de l’UJFP : « Nous ne souhaitons la mort de personne, nous souhaitons la disparition du fascisme »
’Union Juive Française pour la Paix n’est pas dupe quant au déroulement des événements survenus à Lyon et à son traitement par le pouvoir : minute de silence à l’Assemblée nationale et autorisation de manifester pour l’extrême-droite. Porteuse d’une mémoire liée à l’antisémitisme et au génocide des Juifs pendant la Seconde Guerre Mondiale, l’UJFP sait reconnaître les manipulations de la peste brune.
Qu’un jeune étudiant ait été attiré par les idées fascistes, qu’il se soit préparé à des affrontements physiques et qu’il y ait trouvé la mort est évidemment triste et regrettable. De ce point de vue, l’emballement médiatique et politique, au gouvernement, à droite et à l’extrême droite pose question aussi bien que la minute de silence à l’Assemblée nationale, décrétée par sa présidente Yaël Braun-Pivet. Cette décision apparaît pour le moins problématique au regard d’un enchaînement de faits encore à déterminer et des appartenances politiques et militantes dont se revendiquait la victime. Alors que toute violence politique est condamnable, a-t-on organisé une minute de silence pour Clément Méric ou Federico Martin Aramburú, tués par l’extrême droite ? A-t-on marqué d’un hommage officiel les nombreux morts résultant de violences policières ?
Présenté comme membre du service d’ordre de Némésis (une organisation se revendiquant d’un féminisme nationaliste et d’extrême droite), des éléments récents tendent à montrer que Quentin D1 était de fait un militant d’extrême droite assumé. Avec sa bande, équipée d’une gazeuse, d’une béquille, de fumigènes et de cagoules, il patrouillait à proximité de Sciences Po Lyon où se tenait, à l’initiative d’étudiantes et étudiants de l’école, une conférence de l’eurodéputée Rima Hassan, dans le but manifeste de s’en prendre à des adversaires politiques, jusqu’à lancer un assaut sans sommation contre un groupe antifasciste ; une pratique courante de l’extrême droite lyonnaise, qui a causé des centaines de graves traumatismes.
C’est le passé sombre de Lyon qui resurgit tout à coup dans nos souvenirs. Siège de la Kommandantur de la Gestapo, son chef, Klaus Barbie y a torturé et déporté des résistants et des Juifs. Les nouveaux adorateurs de la « race blanche pure » foulent de leur pieds la mémoire de combattants antifascistes illustres passés entre ses mains comme le préfet Jean Moulin et le réseau Libération-Sud avec le couple Aubrac ou encore Anne-Marie Bauer.
Dans la métropole lyonnaise, un climat de terreur et de violence entretenu par l’extrême droite existe depuis au moins 15 ans. En 2019, le service central du renseignement territorial qualifiait la région lyonnaise de « berceau » de l’activisme d’extrême droite en France. Le GRECE, Groupement de recherche et d’études pour la civilisation européenne, a infiltré depuis des années l’université Lyon 3 et distillé son discours négationniste tandis que Marion Maréchal a fait ses études dans la ville. Au moins 102 agressions y ont été recensées depuis 2010 à l’encontre des mouvements de gauche et en particulier des antifascistes lyonnais, comme le rappellent Elian Delacôte, journaliste de Rue89 Lyon2 ou le site Contre-Attaque qui fournit cette liste non exhaustive des agressions d’extrême droite à Lyon. Ni les médias dominants, ni le Gouvernement n’y font allusion.
Si la violence meurtrière de la riposte n’en reste pas moins inacceptable, il ne faut pas oublier qu’il s’agit d’autodéfense face à la violence de l’extrême droite qui se déploie sans véritable stratégie gouvernementale pour l’endiguer ou en combattre les profondes racines sociales et politiques3. Comme le rappelle Contre-Attaque, dans l’article précité : « Quand l’extrême droite sème la terreur, dispose de locaux, et que les autorités laissent faire, que reste-t-il ? C’est la brutalisation maximale de la société et les attaques racistes de l’extrême droite qui nourrissent l’autodéfense populaire. Jamais l’inverse ». Mark Bray4 rappelle que « l’antifascisme militant est une réponse sensée et historiquement fondée à la menace fasciste qui a persisté après 1945 ».
Ni les principaux médias, ni le Gouvernement ne dénoncent ni ne luttent vraiment contre cette violence d’extrême droite et l’engrenage infernal dans lequel elle risque de faire tomber toute la société5, mais ils n’hésitent pas à jouer de ce drame pour diaboliser le principe même de l’antifascisme, jusqu’à tenter de disqualifier, voire de criminaliser, la LFI, l’un des principaux partis d’opposition du pays, juste avant les élections municipales. Manœuvre grossière s’il en est.
L’UJFP a une pensée solidaire pour toutes les minorités cibles d’oppression ce samedi 21 février 2026, qui croiseraient la route de ces groupes fascistes et néo-nazis : victimes de racisme, de xénophobie, de lgbtphobies, de validisme… faites attention à vous !
L’UJFP s’inscrit dans la lutte contre le racisme, le sexisme, l’homophobie et toutes les formes d’oppression sur lesquelles se fonde le fascisme.
L’UJFP lutte avec ses alliés, dans le mouvement antiraciste politique et plus généralement dans le mouvement contre le suprématisme blanc et autoritaire qui gagne la France. L’antifascisme est aujourd’hui plus qu’une nécessité, c’est une question de survie.
La Coordination nationale de l’UJFP, le 21 février 2026

Solidaires étudiants : « Réaffirmons la nécessité de l’antifascisme de terrain »
Le 12 février dernier se tenait une conférence de l’Eurodéputée Rima Hassan à l’IEP de Lyon. Comme à son habitude, Némésis, groupuscule d’extrême droite violent et raciste, a tenté de perturber la conférence. Dans un premier temps, elles viennent provoquer devant l’IEP avec une banderole « Dehors les islamo-gauchistes » et des slogans racistes comme « Ici c’est la France, pas l’Afghanistan ». Ensuite, la tension est montée : des militantes de Némésis ont frappé des étudiant-es, comme on peut le voir sur la vidéo suivante, et un étudiant a eu ses lunettes brisées par les coups. Les étudiant-es se sont défendu-es face à une agression physique par un groupe raciste et fasciste.
La porte-parole de Némésis, Alice Cordier, est une ancienne militante de la Cocarde (qui a tabassé un de nos camarades à Assas l’année dernière) et de l’Action française, groupe royaliste et antisémite qui, peu après l’assassinat de Samuel Paty, s’est posté sur les réseaux sociaux avec une banderole : « décapitons a république ».
Némésis est un collectif fémo-nationaliste qui porte une vision transphobe et civilisationnelle du « féminisme ». Cette organisation a des liens avec Génération identitaire et les Zouaves, tous 2 dissous pour actions violentes.
Ce n’est qu’après que le groupe de fascistes comprenant Q. Deranque (cofondateur du groupe Les Allobroges) est venu, armé — non pour protéger Némésis, contrairement à leur déclaration, mais pour agresser les étudiant-e-s et antifascistes. En témoigne le port d’une tenue homogène, de gants coqués et de béquilles. Nous pouvons aussi rappeler les révélation de l’Humanité, qui montrent que Némésis a déjà par le passé tenté d’organiser des embuscades où les militantes servent « d’appât », pour que leurs amis fascistes “cassent tout” (des militant-es de gauche) ensuite. Ces révélations font écho aux événement de Lyon. Le groupe de Q. Deranque est venu pour en découdre.
Plusieurs antifascistes se sont défendus du guet-apens fasciste et les ont mis en déroute. Nous refusons de pleurer la mort d’un fasciste.
Les médias ont ensuite participé à propager le récit créé par plusieurs groupes d’extrême droite, dont Luminis, groupuscule néonazi qui appelle les Français à « se battre » contre les étrangers. Cette séquence montre encore une fois le double standard médiatique et politique. Depuis plusieurs années, Lyon est le lieu d’agressions de l’extrême droite, comme en 2021 avec l’attaque d’une conférence à l’IEP par l’Action française (dont Q. Deranque était membre) sans réaction particulière. Ce double standard est encore plus vrai pour tous les nombreux morts du fait de l’extrême droite. Depuis 2022, il y a eu au moins une dizaine de morts en France sous le coup de nervis d’extrême droite pour des motifs politiques ou racistes.
L’instrumentalisation et le battage médiatique créent un climat de confiance pour les fascistes qui se sentent poussés dans leur élan. Un fasciste a attaqué le local de l’union départementale Solidaires Rhône dans la nuit du 14 au 15 février. Cette situation alimente un climat de peur pour les étudiant-es de l’IEP qui, pour certains, ont été affichés sur les réseaux sociaux ; iels craignent la présence de groupuscules d’extrême droite autour de l’IEP.
Face à ces attaques, soyons solidaires, soutenons les 11 camarades antifascistes, victimes de la répression d’un État complaisant avec le fascisme. Nous réaffirmons notre attachement à l’antifascisme de terrain, d’autant plus quand celui-ci est abandonné par un « antifascisme » électoral.
Il y a urgence à agir. Urgence à se syndiquer, à s’organiser, à se former à l’antifascisme, à l’anti-répression et à l’autodéfense populaire. Pour reprendre la rue à l’extrême droite !

Communiqué de la confédération paysanne : « Pour des villes et des campagnes sans fascisme ! »
Alors que l’extrême droite désigne les antifascistes comme des fascistes dans un exercice d’inversion des réalités glaçant, nous, paysannes et paysans de la Confédération paysanne affirmons notre soutien au mouvement antifasciste.
Nous dénonçons fermement toutes les violences commises par l’extrême droite et nous apportons notre soutien à toutes les personnes qui en ont été victimes. Nous apportons particulièrement notre soutien à nos camarades syndicalistes de Solidaires et de la CGT dont les locaux ont été visés. Nous appelons à rejoindre le rassemblement de soutien organisé par l’intersyndicale, mardi 3 mars 12h30, à la bourse du travail à Lyon.
En ces temps où les conquêtes sociales et environnementales sont sans cesse remises en cause et attaquées, le syndicalisme a plus que jamais besoin d’exister et d’être défendu.
La Confédération paysanne porte un projet de société qui ne saurait se circonscrire aux seules campagnes. Nous constatons aujourd’hui, y compris hors des villes, les stigmates de la progression d’idées réactionnaires qui alimentent le repli sur soi et le rejet de l’autre.
Nous ne nous laisserons pas instrumentaliser par ceux qui attisent la haine.
La Confédération paysanne continuera de lutter pour des campagnes vivantes, solidaires et inclusives !

Communiqué du Syndicat de la Magistrature : « Quand les digues contre le fascisme cèdent, un silence complice »
Le 14 février 2026 à Lyon, un militant lié à l’extrême-droite, Quentin Deranque, est décédé à la suite d’un affrontement. Les circonstances de cet événement d’une violence intolérable sont encore à déterminer par le travail d’enquête, sous la direction des juges d’instruction.
Alors que les magistrat·es ont besoin de sérénité pour œuvrer, nombre de responsables politiques se sont empressé·es de désigner des coupables avant l’heure.
Ainsi, le garde des Sceaux s’est à nouveau permis de s’exprimer dans une affaire en cours alors que sa fonction lui impose le silence. Rappelons qu’il est l’autorité hiérarchique des magistrat·es du parquet qui ont eu à connaître et qui connaîtront encore de la procédure.
Le ministre de l’Intérieur, quant à lui, s’est autorisé à établir des responsabilités, avant même la prise de parole du procureur de la République de Lyon, en violation du secret des investigations alors en cours.
Toute la semaine, le débat public a été traversé par des instrumentalisations incessantes.
Ces récupérations, particulièrement médiatisées, ont préparé le terrain au spectacle sidérant auquel nous avons assisté ce samedi 21 février. Des groupuscules d’extrême-droite, dont certains assument de recourir à la violence pour lutter contre la démocratie, l’État de droit et l’égalité de tous et toutes devant la loi, ont défilé dans les rues de Lyon. Certains membres du cortège auraient tenu des propos racistes et homophobes, des saluts nazis ont été observés. Si la commission de certains délits a été signalée au procureur de la République, force est de constater l’absence de réaction des autorités garantes de nos libertés fondamentales, les mêmes qui contribuaient quelques jours auparavant au vacarme ambiant.
À l’heure du bilan de la semaine passée, nous dressons un constat glaçant : les digues cèdent face à la montée des idées fascistes dans l’indifférence générale.
Le Syndicat de la magistrature continuera de dénoncer les compromissions face au danger que représente l’extrême droite et s’inquiète de l’effacement croissant des garants de la démocratie.