Un appel de l’Assemblée antifasciste autonome Lyon à former un cortège lors de la marche antiraciste et antifasciste du 14 mars, un moment qui parait être important pour se retrouver et reprendre la rue, faire du lien et tisser des complicités.
Ces 24 et 21 février 2026, l’union locale de la CGT et le siège régional du parti EELV sont visés par des menaces d’attaques à la bombe, à grand renfort de propos racistes ; dans la nuit du 14 au 15 février 2026, la grande mosquée Koba est visée par des tags islamophobes pour la quatrième fois en deux ans, la librairie militante la Plume Noire et le local de Solidaires sont attaqués à coups de barres de fer par des militants d’extrême-droite ; le 19 janvier 2026, à Décines, Ahmad, un jeune homme de dix-sept ans, est lacéré à coups de couteau au visage par trois hommes parce que supposément arabe et musulman ; le 13 janvier 2026, environ 200 mineurs isolés sont expulsés à six heures du matin, à coups de boucliers et de gaz lacrymogène, du gymnase Chanfray où ils étaient mis à l’abri durant les deux semaines du plan grand froid, sans aucune solution d’hébergement ; le 6 janvier 2026, le corps d’Ismaël Aali, est retrouvé au bord d’un étang à Loire-sur-Rhône, victime d’un assassinat raciste, dans un silence médiatique assourdissant. Le media Rue89 a recensé plus de 102 agressions commise par l’extrême droite en 15 ans.
On peut méticuleusement faire la liste de chacune des agressions fascistes qui ont eu lieu ces derniers mois à Lyon ; on peut le faire et espérer patiemment qu’elles produisent des réactions. Qu’elles indignent la population de Lyon qui, à un moment, décidera que le seuil de l’intolérable a été franchi. Et qu’une fois ce seuil franchi, elle se mette en mouvement pour interpeller les institutions publiques, police et justice, pour qu’elles remédient à ces injustices en punissant les responsables.
Mais cela n’arrivera pas.
Il faut lutter contre la croyance en de tels débouchés institutionnels. Comment s’en remettre à des institutions qui sont les garantes d’un ordre social qui produit de la mort et de l’exclusion en masse ? Récemment, l’indulgence de la justice envers les assassins de Nahel semble rappeler l’évidence : on ne peut rien attendre d’elles.
Si nous commençons cet appel par l’évocation de ces événements c’est moins pour susciter l’indignation que pour écrire quelque part le nom de celles et ceux qui, parce que racisé.e.s ou considéré.e.s comme déviant.e.s, se sont fait contrôler, frapper, rafler, emprisonner, tuer et n’ont pu que constater – quand elles le pouvaient encore – le silence approbateur des pouvoirs publics, celui complice des médias et de la classe politique.
L’aspirant fasciste Quentin Deranque, lui, a eu le droit à tous les honneurs, la minute de silence qui lui est accordée en récompense de son « martyr » sonne à nos oreilles comme une canonisation. Une légitimation de l’entièreté du mouvement au sein duquel il a œuvré. En rien nous ne jalousons cette destinée, absolument aucune partie : ni « la joie dans la lutte à mort », ni le silence de celles et ceux qui l’instrumentalisent ou qui sont obligé.e.s de faire bonne figure mais n’en pensent pas moins.
Cette minute de silence est le symptôme manifeste d’une accélération du processus de fascisation en France et dans le reste du monde. Il en est de même de la désinhibition des discours dans les médias et du déploiement de la violence raciste dans la rue. Les fascistes, de parlement et de groupuscules, s’organisent à l’échelle mondiale avec l’assentiment ou grâce à l’action des gouvernements démocratiques et des capitalistes qui souscrivent plus ou moins ouvertement au projet suprémaciste blanc.
Cela dit, il ne s’agit plus uniquement de s’indigner, il faut prendre acte et trouver des moyens de répondre à la question qui s’impose à nous :
Comment résister ?
Il n’y a pas une manière de répondre à cette question, et il n’est pas question ici de prescription. Cependant, nous avons vu, ces dernières semaines, se diffuser largement un discours critique à l’égard de la violence d’ « extrême gauche ». Cette critique - lorsque produite par la gauche - est faite au nom d’un certain citoyennisme qui plaide pour une pacification du débat public : « on ne règle pas un problème politique par un coup de poing, on le règle par des mesures sociales » et en dernière instance, si une violence doit être exercée, c’est par la police qui en détient le monopole.
Quiconque a déjà été agressé.e par des militants d’extrême droite ou a subi la violence institutionelle des politiques racistes, coloniales et antisociales sait, dans sa chair, que ce sont avant tout des corps qui sont ciblés par les assauts des fascistes et par les mesures des capitalistes. À cela, l’antifascisme oppose la nécessité d’une organisation large pour lutter et faire face à ces attaques. Être antifasciste, c’est se poser la question de la violence, celle que l’on peut subir et celle que l’on est capable d’exercer, c’est questionner le privilège de la réponse non-violente et déconstruire ce dernier.
Ce que certain.e.s appellent l’autodéfense populaire n’est pas seulement la légitime défense face aux agressions fascistes dans la rue. C’est une tactique politique offensive qui répond à des besoins et ouvre des possibles. D’un côté, elle répond au besoin de s’organiser pour se défendre par nous-même.
Cela passe par l’organisation de nos solidarités avec les inculpé.e.s du mouvement social par exemple, ou par l’entraide face aux galères de la vie. De l’autre coté, elle ouvre la possibilité d’attaquer les groupuscules fascistes et les institutions qui perpétuent les dominations. Le monopole de la violence légitime est ainsi disputé par une violence qui se pense collectivement, par delà les assignations de genre et sans être déléguée à un groupe de spécialistes. Cette offensive a pour but d’empêcher l’extrême droite de s’organiser, de s’implanter et de diffuser ses idées autant que lutter contre les politiques répressives de l’état par exemple, en s’opposant aux rafles de sans-papiers et à la construction de nouveaux CRA ...
Cela étant dit, il est impossible de lutter contre la montée du fascisme sans s’attaquer à ses causes, c’est-à-dire la crise du capitalisme. Une lutte antifasciste conséquente est indissociable de la lutte contre celui-ci et donc de la construction de luttes révolutionnaires et d’un projet de société débarrasé du capitalisme et de la domination.
C’est pourquoi nous voulons réaffirmer la nécessité d’un antifascisme révolutionnaire qui ne se contente pas de lutter contre les groupes d’extrême droite mais qui lutte aussi contre les politiques déshumanisantes et coloniales à l’égard des personnes migrantes, qui lutte contre les guerres impérialistes en Palestine et en Kanaky, sans oublier les innombrables violences policières et carcérales, qui sont elles aussi motrices dans la montée actuelle du fascisme.
Nous appelons à massivement rejoindre la marche antiraciste et antifasciste du 14 mars prochain. Ce moment nous parait être important pour nous retrouver et reprendre la rue, faire du lien et tisser des complicités. Nous pensons également que ce moment doit nous permettre de montrer notre solidarité avec les antifascistes incarcéré.e.s de Lyon à Budapest, mais aussi aux enfermé.e.s dans les CRA, aux personnes décédées lors de leurs passages de frontières, aux victimes de la police, et des matons, à celles et ceux qui subissent des guerres impérialistes.
Ce moment est aussi l’occasion de montrer notre opposition au génocide en cours à Gaza, à la répression coloniale en Kanaky et à l’offensive israélo-américaine en Iran. Il s’agit de peupler la rue de toutes les colères et joies qui nourrissent un horizon commun antiraciste et antifasciste.
Assemblée antifasciste autonome Lyon
Soutenu part : Lyon Antifa, Collectif lyon anticra, Féministes contre l’armement, Medic’action, Médic en lutte, Urgence Populaire Lyon, Organisation Vorace, Riposte Villeurbanne, Urgence Palestine, Fosse aux Lyons, Tsedek, Boycott for Palestine, Young Struggle.
